Message du Directeur général de l’OMS au people da la République démocratique du Congo

28 mai 2026
Déclaration

Au peuple de la RDC, en particulier au peuple de l’Ituri

Jambo kwenu wakahaji wa Ituri

Mbote na bino, bato ya Ituri

Je m’appelle Tedros, et je suis le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Mais aujourd’hui, je ne vous écris pas en tant que responsable. Je vous écris en tant que quelqu’un qui connaît votre région, qui a parcouru vos rues, et qui se soucie profondément de ce qui vous arrive, à vous et à vos familles. 

Je vous écris parce que je veux être avec vous en ces moments. Et je veux que vous sachiez que vous n’êtes pas seuls. 

Ebola ne m’est pas inconnu personnellement. De 2018 à 2020, je me suis rendu quatorze fois au Nord-Kivu, l’épicentre de l’épidémie à l’époque. Quatorze visites à Beni, Butembo, Katwa, Goma, et dans de nombreuses autres communautés. Lors de cette épidémie, Ebola s’était propagé à travers le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, et avait atteint certaines parties de l’Ituri également. J’avais été aux côtés des familles qui avaient perdu leurs proches. J’avais rencontré des agents de santé risquant leur vie chaque jour. J’avais rencontré des chefs communautaires, des guérisseurs traditionnels, des chefs religieux et des chefs d’entreprise qui avaient refusé d’abandonner leur peuple. J’avais vu des hommes et des femmes faire preuve d’un courage extraordinaire dans les circonstances les plus difficiles. Les gens là-bas, qui me voyaient revenir encore et encore, voulaient me donner un nom qui appartenait à leur communauté. Ils m’ont demandé si j’étais le premier, le deuxième ou le troisième enfant de mes parents. Quand je leur ai dit que j’étais le premier-né, ils m’ont donné le nom de Dr Paluku. Je porte ce nom avec fierté. Ce n’est pas seulement un nom. C’est un lien. C’est un rappel que ce travail ne concerne pas les titres ou les institutions. Il concerne les gens. Il vous concerne. 

Cette épidémie était l’une des plus complexes de l’histoire. Elle ne s’est pas déroulée dans un environnement stable et paisible. Elle s’est produite au milieu d’un conflit armé, avec des communautés déplacées, des voies d’approvisionnement perturbées, et des agents de santé opérant sous une menace constante. Des gens fuyaient la violence tout en essayant de se protéger, eux et leurs familles, d’une maladie mortelle. Je me souviens d’avoir été à Beni à plus d’une occasion alors que des combats se déroulaient à la périphérie de la ville. Nous pouvions les entendre. Et pourtant, les agents de santé autour de moi ne s'étaient pas arrêtés. Ils avaient continué de travailler. Ce genre de courage est quelque chose que je n’oublierai jamais. Les défis d’alors ne sont pas si différents de ce que vous affrontez aujourd’hui en Ituri. Je comprends cela. Je l’ai vu de mes propres yeux. 

La méfiance alors était profonde, et la situation sécuritaire nous avait coûté un temps précieux. Nos agents de santé ont été attaqués. Des cliniques ont été prises pour cibles. Des personnes qui ne faisaient qu’essayer de sauver des vies se sont retrouvées prises entre deux feux dans un conflit qu’elles n’avaient pas déclenché. Des vies ont été perdues que nous aurions pu sauver, et cela pèse encore sur moi. Mais j’ai également été témoin de quelque chose de remarquable. Quand nous avons écouté, quand les communautés se sont senties respectées et entendues, les choses ont commencé à changer. La confiance a grandi lentement, puis plus rapidement. Les gens se sont manifestés. Et ensemble, nous avons réussi à contenir l’épidémie. Nous l’avons fait. Le peuple de la RDC l’a fait. Je n’oublierai jamais cela. 

Ebola est maintenant de retour. Cette fois, l’épidémie frappe la province de l’Ituri le plus durement. Plus de 90% de tous les cas ont été signalés dans la province de l’Ituri, avec un petit nombre de cas également signalés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Je sais à quel point cela est effrayant, et je sais que le peuple de l’Ituri porte un fardeau qui n’est pas facile à porter.

Je sais que beaucoup d’entre vous sont épuisés. Vous portez déjà tellement: le paludisme, la faim, l’insécurité, et la lutte quotidienne pour assurer la sécurité de vos familles. Et maintenant Ebola. Ce n’est pas juste, et je ne prétendrai pas le contraire.

Mais je veux aussi dire autre chose sur l’Ituri, car cette province mérite d’être vue pour plus que ses épreuves. L’Ituri est un lieu d’énergie remarquable. C’est une province au commerce dynamique, à l’esprit entrepreneurial, de communautés qui ont refusé d’être définies par les conflits qui les entourent. Les marchés de Bunia fourmillent de vie. Des commerçants, des agriculteurs, des enseignants et des jeunes qui construisent leur avenir contre vents et marées. Cet esprit, ce refus d’abandonner, est exactement ce dont nous avons besoin maintenant. C’est le fondement sur lequel nous allons construire notre réponse. Nous ne venons pas en Ituri avec seulement des médicaments et une expertise. Nous venons rejoindre une communauté qui sait déjà comment se battre pour sa survie. 

Je voudrais adresser un mot particulier aux jeunes de l’Ituri. Vous grandissez dans des circonstances qu’aucun jeune ne devrait avoir à affronter. Et pourtant, ce que je vois, encore et encore, ce n’est pas le désespoir mais la détermination. Vous êtes l’avenir de cette province et de ce pays. Dans cette épidémie, vous avez un rôle vital à jouer. Parlez à vos amis et à vos familles. Partagez ce que vous savez sur Ebola. Aidez à briser la peur et le silence qui permettent à ce virus de se propager. Votre voix porte plus loin que vous ne le pensez, et nous en avons besoin maintenant plus que jamais. 

Et aux agents de santé de l’Ituri, je veux dire ceci: vous êtes vus, et vous n’êtes pas seuls. Chaque jour, vous allez travailler en connaissant les risques, et vous y allez quand même. Vous le faites pour vos patients, pour vos communautés, pour vos familles. Vous êtes l’épine dorsale de cette réponse. Sans vous, rien de tout cela n’est possible. Je sais que les conditions sont difficiles. Je sais que les ressources sont souvent insuffisantes. Je sais que la peur et l’épuisement sont réels. Sachez que l’OMS est à vos côtés, que nous travaillons pour vous apporter le soutien dont vous avez besoin, et que votre courage et votre dévouement sont connus et profondément appréciés bien au-delà des frontières de cette province. 

Je sais également que la situation sécuritaire dans certaines parties de cette région reste très difficile. Les conflits et les déplacements rendent tout plus difficile, y compris l’accès aux personnes qui ont besoin de soins et la protection des agents de santé. Je veux être honnête: c’est l’un de nos plus grands défis. Nous ne pouvons pas faire ce travail si ceux qui essaient d’aider en sont empêchés ou mis en danger. Nous travaillons étroitement avec tous les partenaires concernés pour nous assurer que la réponse peut atteindre chaque communauté qui en a besoin, et que personne n’est laissé pour compte en raison de l’endroit où il vit ou de ce qui se passe autour de lui. 

C’est pourquoi aujourd’hui je lance un appel direct à toutes les parties en guerre dans cette région: s’il vous plaît, déclarez un cessez-le-feu. Même brièvement. Même juste assez pour laisser passer les agents de santé. Des gens meurent d’Ebola alors qu’ils n’ont pas à mourir. Des enfants sont malades. Des familles souffrent. Aucune cause, aucun conflit, aucun grief ne vaut la peine de condamner des innocents à mourir d’une maladie évitable. Un cessez-le-feu, même temporaire, sauverait des vies. Je vous en supplie, je vous en implore: donnez-nous l’espace pour aider les personnes qui en ont le plus besoin. 

Je sais aussi qu’il y a de la colère et de la méfiance dans certaines communautés, et je comprends pourquoi. La confiance doit se gagner, elle ne peut pas être supposée. Nous n’avons pas toujours fait les choses correctement. Mais je vous promets que nous sommes ici pour apprendre autant que pour aider. 

Je dois être honnête avec vous sur quelque chose d’important. La plupart des épidémies d’Ebola précédentes en RDC étaient causées par un virus appelé Ebola Zaïre, pour lequel nous disposons de vaccins et de traitements. Cette épidémie est causée par un virus différent appelé Ebola Bundibugyo. Il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement approuvé contre ce virus. C’est grave, et vous méritez de l’entendre clairement. Mais je veux aussi que vous sachiez ceci: bien qu’il n’existe pas de traitements spécifiques contre le Bundibugyo, nous pouvons faire beaucoup ensemble pour prévenir la propagation de ce virus et sauver des vies. Les soins de soutien précoces dans nos centres de traitement peuvent faire une vraie différence. Si vous ou quelqu’un que vous connaissez tombe malade, n’attendez pas. Se manifester tôt peut faire la différence entre la vie et la mort. Et tout ce que nous faisons, nous le ferons avec vous. Nous vous écouterons, nous partagerons des informations avec vous, et nous sommes là pour vous aider. Et pour ceux que nous ne pouvons pas sauver, nous pleurerons avec vous. Nous vous aiderons à faire votre deuil de vos proches disparus avec des enterrements sûrs et dignes. 

Nous travaillons sous la direction du Gouvernement de la RDC, avec tous les partenaires concernés, unis autour d’un seul objectif: arrêter cette épidémie et protéger vos communautés. Personne ne travaille seul. Personne ne travaille à contre-courant. Nous sommes coordonnés, nous sommes engagés, et nous sommes là.

C’est pourquoi je viens à Bunia. Je serai là en personne, aux côtés de mes collègues, rencontrant vos leaders, écoutant vos préoccupations, et faisant tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider. Je ne gérerai pas cela depuis un bureau confortable loin de vous. 

C’est la 17ème épidémie d’Ebola en RDC. Ensemble, vous avez surmonté chacune des précédentes. Ce n’est pas une petite chose. C’est un témoignage de la force et de la résilience de vos communautés. J’ai vu cette force de mes propres yeux. 

Mes frères et sœurs de l’Ituri, je veux que vous sachiez que le monde observe votre courage. Vous n’êtes pas oubliés. Ensemble, nous surmonterons cette épidémie, comme vous avez surmonté chaque défi avant cela. Votre résilience est la lumière qui nous guide tous. 

Nous nous en sortirons cette fois aussi. Non pas grâce à qui que ce soit, mais grâce à vous. 

Nos équipes sont déjà sur place, et elles resteront aussi longtemps que nécessaire. Et quand cette épidémie sera terminée, nous ne disparaîtrons pas discrètement. Nous ne vous oublierons pas. Nous resterons, et nous continuerons à travailler avec vous pour construire des systèmes de santé qui protègent chaque personne dans chaque communauté. 

J’ai hâte de vous voir à Bunia bientôt. En attendant, sachez que vous êtes dans mes pensées. 

Avec respect et solidarité, 

Paluku

Tedros

Tedros Adhanom Ghebreyesus

Directeur général, Organisation mondiale de la Santé